Archives Mensuelles: décembre 2014

La voyante

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voyante

Au détour d’un chemin, quelque peu éméchée
Sur des sentiers battus que nul ne sait défrichés
Mes yeux brouillés par les vapeurs de boukkha
Perçoivent à peine où m’emmènent mes pas

Au détour d’un chemin, le cœur en peine
Distingue une roulotte aussi vétuste qu’un clapier
J’émets un rire moqueur que je ne refrène
L’ironie du sort me conduisant à l’antre de la fausseté
Où se déclinent les semblants de destinées

Rions encore sur la notre, bien triste réalité
Voyons les lignes tracées sur ces mains esseulées
Écoutons ce que cette diseuse va bien nous conter
De ces mauvais augures que je ne saurais nier

Le brouillard de l’encens chasseur d’esprits
Tressautait mes poumons déjà bien pris
Dévoilant dans l’ombre le visage dénué de féminité
Devant son opale de cristal le dos courbé

Je m’assaille sur un tabouret tout miteux
La poussière et l’humidité accentuent mes hauts le cœur
Envolé l’espoir des lendemains de bonheur

Tends ma main d’un air dégoûté et dédaigneux

Ses mains saisissent vigoureusement ma paume
La scrutent, la caressent, la manipulent à ses aises
Je laisse ma main aux yeux du drôle de gnome
Et voilà qu’elle lâche un soupir qui redouble ma langueur

Mais les mots qu’elle prononce sont étranges
Elle y voit candeur féminine et divine ivresse
Dans ses mains qui ont porté tant de douleurs
Elle me parle d’un soleil levant et de ses promesses

Elle me donne une tape sur la joue et me sourit
Vas ! me dit-elle, vas de tes propres ailes
Pourquoi traîner encore dans ce monde pourrit
Quand t’es permis de t’élever au ciel

Au détour d’un chemin, j’ai rencontré ma destinée
Elle était belle malgré ses rides et ses callosités
Elle se moqua de mon aveuglement et me sermonna
Au détour d’un chemin, j’ai soudain dégrisé.

Mary

22/12/2014

Renaissance

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Par amour pour mon Bien Aimé
J’ai embarqué sur un vaisseau sans destinée
J’ai décidé seule de braver la folie des marées
J’ai pris la barre et je me suis engagée
A dompter la mer de sa fougue déchaînée

Par amour pour mon Bien Aimé
Je suis allée en quête des Trésors
Pour revenir reine et le couvrir d’or
J’ai chevauché à travers les contrées
Afin de défier le dragon du Fort

Par amour pour mon Bien Aimé
J’ai désiré ne plus jamais exister
Quitte à me laisser engluer
Par la plus affreuse des toiles d’araignée
J’ai voulu m’arracher pour que lui seul reste
J’ai voulu m’effacer pour lui seul le contempler

Par amour pour mon Bien Aimé
J’ai laissé les fosses infernales m’entraîner
J’ai goutté aux feux qui brûlent les entrailles
J’ai incendié mon corps dans cette faille
Mais le plus pur n’a point disparu

Pour mon Amour, mon Bien Aimé
J’ai laissé le corps mourir dans le brasier
Et récolter le fruit tant recherché
Le phénix point ne meurt, il re-naît de ses cendres
Et l’oiseau reprend son envol, enfin heureux
D’avoir entre ses yeux, le joyau purifié.

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17/12/2014

Mary

La Confiance

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main bébé

I

Sous le creux chaleureux du cœur

Se dessine lentement les ailes de l’enfant

Innocence qui sourit dans son doux sommeil

Il se meut et se replit au sein du Berceau

Ses yeux fermés sur l’horizon lointain

Il sourit inconsciemment sur son destin

Il a dans sa main câline, le plus précieux

Le Trésor inestimable que la vie primaire ne saurait

Détruire mais seulement ensevelir.

Dans ses cinq doigts, au creux de la paume

Il le serre fort et tendrement, le console.

Conscience inébranlable du pacte de fidélité.

 

Pourtant les yeux finissent par s’ouvrir à une dure réalité

Et de ses mains si fragiles s’échappent la pierre précieuse

Dans le mouvement d’un semblant réveil

L’enfant au milieu de ses eaux profondes

Distingue une obscurité qu’il ne sait déchiffrer

Et soudain se fait ballotter, compresser découvrant la vérité

Sa prison où il se reposait, l’appelle à être expulsé

Un voile épais le colle, il subit de douloureuses contractions

Il sent qu’on le pousse, qu’on le guide, et la peur l’envahit.

Il est troublé, et veut sortir mais l’effort est si intense.

Rester dans les limbes qui l’entourent, il ne peut plus.

Alors il lâche un râle de secours et s’extirpe de force des ténèbres.

 

La Lumière jaillit et ses yeux sont éblouis

Etourdit  par tant d’efforts, il s’abandonne

Il laisse son corps entre les mains des laveurs

Délicatement le recouvrent d’un linge blanc d’écume

Au chaud, il retrouve son berceau Maternelle

Et dans sa main il regarde le Souvenir

La gemme magique ne s’en est allée

Elle est restée gravée dans la paume de son Bien Aimé

Le nouveau-né heureux de ses retrouvailles amoureuses

Contemple à merveille le bonheur éternel

Et de cette contemplation, les larmes de la Confiance

Coulent sur ses joues joufflues de n’avoir perdu

Son Ami intime qu’il n’a jamais cessé d’aimer.

 l-oiseau-et-l-enfant

II

 

A tant désirer la fidélité et l’Amour

On oublie de l’être soi-même

A force de donner dans l’espoir d’un retour

On finit par oublier ce qui nous poussait à aimer

A tant désirer ouvrir les yeux

On ne sait plus où il faut les placer

A tant vouloir s’estimer et braver l’inconnu

On perd de vue qui nous sommes réellement

L’enfant au sein matriciel est ingénu

Mais le destin humain le pousse à sortir

De ce giron protecteur dont il oublie la douceur

Et le voilà dans la douleur d’un nouvel enfantement

Celui de la vie réelle, cruelle et dévastatrice.

L’enfant reconnait alors son erreur

Abandonne ses volontés et ses ardeurs

Au Maître qui l’a bercé depuis tant d’années.

 16/12/2014

Mary

 

Danse salée des larmes du coeur

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Je n’ai ni passé ni présent ni futur
Seulement en mon cœur un sermon pur
Je ne garde rien et ne recherche pas
Seulement observe par les yeux et bois

Je laisse mes pas me mener au son du Désir
Quelque peu brouillés par l’envie de vivre
Les chants s’élèvent dans la plaine cachée
et me conduise vers la Niche Sacrée

Si le Bien Aimé s’y rend, je le rejoindrai
Puisque chaque Âme a Sa Destinée
Dans la tente du Céleste Prince

Le sourire se meut dans l’Un
Union dans le regard amant
Que nul ne comprend vraiment

Le rythme lent de la chamelle
Parcourt le désert vers l’oasis
Aucune pensées fugaces ne s’immiscent

Comment décrire l’effusion de l’être
Quand les corps n’existent plus dans le paraître
Et que les esprits s’effacent dans l’Amour
La ronde seulement des enivrés
Tourne et tourne encore
Entrez dans la ronde sans en être apeurés
L’enivrement du cœur n’échappe pas aux enfiévrés.

Mary

19/12/2014

Un soir de décembre

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Ecriture pour un autre concours: thème « le cirque de minuit » devait apparaître dans le texte

Affiche_du_film

Les rues pavées de Londres sont humides par la brume du soir. Les lumières des boutiques s’éteignent tour à tour. Seuls les lampadaires veillent. Les pas résonnent, on se presse sans bruit. On murmure du bout des lèvres. Le vent du mois de décembre souffle, le visage des passants s’enfouit dans leurs lainages. Tous se dépêchent pour un seul but. On pressent l’excitation. Les yeux des enfants brillent de surprises, de joies. Des odeurs de pluies, de premiers flocons se mêlent à des odeurs de pop-corn sucré, de vins chauds, de barbes à papa…

Au fond de la ville, s’est installé pour le plus grand bonheur des habitants, « le cirque de minuit » Ces représentations tardives font l’objet d’une curiosité magique, fantastique. On accourt des quatre coins pour venir vivre un rêve d’enfant.

Sunny, jeune homme de 21 ans, béret enfoncé sur la tête, poings fermés dans les poches de son jeans, avance à pas feutré. Il se mêle à la foule, il se fraie un chemin parmi les épaules tassées dans leur manteau. Il a un rendez vous annuel qui ne doit absolument pas manquer ! Plus important que tout l’or du monde. Il se dépêche, marmonne des excuses aux passants qu’ils bouscule. Peu lui importe toute cette agitation festive, l’objet de son désir est bien plus beau…

Au détour d’une ruelle, il laisse la foule stationnée à la queue du guichet. Il arrive par derrière les grillages, devant lui se dresse un immense chapiteau blanc, fièrement placé en plein milieu de Richmond Park. Il fonce droit devant lui. Il connait le chemin. Il se dirige vers la roulotte bleue, celle qui porte un A doré sur le flanc gauche. Il frappe vigoureusement à la porte, s’adosse contre la carrosserie et attend. Un pied plié contre la parois. Il se frotte les mains pour les réchauffer. Il sort un paquet de cigarette, joue avec, avant de se décider à en fumer une. Il gratte une allumette. Protège généreusement la flamme de la bise hivernale.  Il tire une bouffée chaude. Le nuage de fumée qui s’échappe monte haut dans le ciel avant de disparaître dans la nuit noire. Nuages gaies qui s’épanouissent dans la nuit étoilée. Il observe le ciel. Le silence d’en haut contraste avec les échos de l’animation, au loin qui résonne. Soudain, la porte s’ouvre. Il sursaute, se redresse. Une jeune femme se tient debout dans l’encadrement. Mince, grande, svelte, avec de grands yeux bleus maquillés qui vous hypnotisent de son regard doux et innocent. Ses cheveux dressés en chignon serré, révèlent un visage gracieux et un cou délicat. Les paillettes sur tout le corps la rendent presque irréelle, sortie d’un conte de fée. Anna. Sa sœur cadette. Autrefois, elle vivait avec eux, dans leur misérable appartement pourri, humide, délabré, en face des Docks de St Katrine. Mais elle a eu de la chance. Elle a su rêver et s’évader de cette vie maussade et difficile que partage sa famille encore aujourd’hui. Désormais, elle est une virtuose qui plane au dessus de tous ces gens charmés par sa grâce et ses mouvements agiles, le temps d’un soir.

 Il monte les deux marches qui précédent le perron et l’entoure vivement de ses bras.

« Rentres, tu vas prendre froid. Cela fait un an déjà! Mais quel bonheur de te voir à nouveau, mon joli cadeau de Noël ! » lui murmure-t-il doucement à l’oreille.

Mary

modifié déc 2014